De l’importance du travail d’équipe…

Beaucoup des gens qui me côtoient savent que j’aime les cas complexes, les challenges, les patients dont on n’espère plus grand chose…et bien, c’est vrai! D’une part parce que leur donner une chance me laisse supposer qu’il ne faut jamais baisser les bras, d’autre part parce que ces cas, un peu désespérés, nous apprennent souvent beaucoup de chose…Avec eux, il faut savoir prendre du recul, patienter, faire des erreurs, réessayer…pour voir l’ébauche d’une progression, et après, avoir l’espoir timide d’une rémission. En cette trêve de Noël, il faut quand même admettre qu’un peu d’espoir et de douceur fait chaud au cœur….

C’est en reprenant après mon congé maternité que j’ai consulté Boréal pour la première fois, il y a presque 2 ans. Jeune Selle français de 5 ans à l’époque, il posait bien du soucis à sa propriétaire Anne-Joëlle Dixneuf: physique ingrat, tempérament nonchalant à mou, avec des crises inexpliquées où il désarçonnait violemment son cavalier, quel qu’il soit…Joli motif de consultation. Je me rappelle l’impression que j’ai eu en rentrant dans son boxe: une grosse carcasse grise mal agencée, un poulain inerte au physique ingrat. Pour résumer: une tronche de poulinière parasitée et oubliée au fond d’un pré sans herbe. Et pourtant les soins sont là, et il faut reconnaître qu’il a un truc d’attachant ce cheval. Un regard doux, un côté gentil nounours. Niveau ostéopathique…c’est un peu la catastrophe. Rien ne bouge, beaucoup de dysfonctions viscérales et surtout…une Force de Traction Médullaire impressionnante.

Alors c’est quoi ce truc? Pour faire simple, la FTM, c’est un truc qu’on a tous…une tension sur une des enveloppe qui entoure notre système nerveux central (le cerveau et la moelle spinale). Cette tension se met en place lors de l’embryogenèse quand le squelette pousse plus vite que le tissus nerveux. A un certain degré, elle est physiologique. Sur Boréal…pfffiou! Il faut s’imaginer une collier de perle sur un fil un peu élastique…et bien là il y avait 20 cm de fil en moins par rapport au nombre de perles…alors les pauvres, elles sont toutes ratatinées les unes sur les autres, pis à chaque extrémité, le nœud qui soutient les premier et dernière perles, et bien il en a gros sur la patate. Cette image , bien que grossière, a le mérite de permettre de comprendre les tensions qu’on peut avoir à chaque extrémité, donc au niveau de la tête et de la base de la queue, en cas de FTM trop importante, et cette impression de cheval raccourci, avec une encolure de 4 cervicales montées à l’envers. C’est rare de trouver la lésion primaire en ostéo, mais là, une fois la FTM régulée, presque tout le reste s’est arrangé, en tout cas des mouvements étaient perceptibles… Après mes passages, Boréal ne faisait plus de séances de rodéo surprise…il paraissait plus alerte, et son profil était plus compatible avec son âge et sa génétique. Mais ce n’était pas satisfaisant. On a donc fait appel à d’autres pièces du puzzle.

Il faut dire que dans son malheur, Boréal a une propriétaire en OR! Consciente que ce cheval avait un problème compliqué, elle a tout revu pour lui, et elle a pris le temps… L’alimentation fut révisée par une nutritionniste, Sabrina Peyrille, en privilégiant les fourrages aux concentrés et hop , le ventre est remonté… La gestion des pieds a été totalement revue par Philippe Baudet, et hop le dos est moins creux derrière le garrot. Pour autant ce n’est toujours pas parfait…du coup je réalise un bilan sanguin ultra complet. la bonne nouvelle? Boréal n’est porteur d’aucune maladie vectorielle endémique (quelle chance!). La mauvaise? et bien on n’avance pas beaucoup… Une vermifugation poussée est entreprise, améliorant encore son état.

Je revois Boréal en Octobre. Il va mieux, mais honnêtement ce n’est toujours pas Byzance. Niveau ostéopathique? Evidemment pas mal de choses, mais pas de quoi fouetter un chewwal. Concrètement par rapport à sa première consultation, ça n’a RIEN à voir, mais par rapport à tout ce qui a été entrepris, c’est décevant. Il reste super court, comme ratatiné, avec un manque de musculature dorsal. En revanche il est plus vif, l’oeil joueur d’un jeune cheval en crise d’adolescence. Et sa FTM alors? et bien…elle est normale ou presque. Et pourtant sa posture reste pareille…c’est comme si j’avais rallongé le fil du collier mais que les perles restaient à leur place initiale…elles peuvent s’écarter, prendre de la place et s’étaler sur leur fil, mais ne le font pas. En plus monté, c’est un cheval qui n’avance pas. Alors certes il ne saute plus en l’air sans raison apparente, mais il n’avance toujours pas…et il faut avouer que ce n’est pas vraiment pratique. Je propose donc à sa propriétaire de tenter une autre piste…celle du stretching, des massages et de l’étude de son comportement. Voilà donc Boréal qui va sur les bancs de L’École Des Chevaux. On essaie, on verra bien. Et on garde en tête que s’il n’y a pas d’amélioration , on envisagera de faire des radiographies du dos pour voir s’il n’y a pas de lésion vertébrale expliquant ce profil atypique et cette amyotrophie dorsale.

Boréal est donc arrivé chez Sophie Daveau le 1er Décembre. Je suis allée le voir hier avec sa propriétaire, soit 3 semaines après son arrivée. Pendant son pansage, j’ai quand même mis une main discrète dessus pour voir s’il n’y avait pas une dysfonction qui sautait aux yeux…ouf, ce n’était pas le cas. J’ai observé attentivement les soins prodigués, puis le travail à pied effectué. Et là, stupéfaite, j’ai assisté à l’allongement en temps réel de mon patient. Au fur et à mesure de la séance, la courbure lombo sacrée, si marquée chez lui, s’est progressivement lissée, et son encolure s’est réorientée, en s’étendant. Son abdomen est devenu moins ptosique et son dos moins visible. Bref, il s’est harmonisé. Je crois que j’en aurais presque versé ma larmichette. Il se pourrait qu’elle soit là, la pièce manquante du puzzle… En cette fin d’année 2017, j’ai enfin espoir que Boréal devienne le beau cheval qu’il mérite d’être, et qu’il fera la joie de sa propriétaire .

Boréal et Sophie, 22 Décembre 2017

Merci Anne-Joëlle Dixneuf pour sa patience et sa confiance, et à Sabrina Peyrille, Philippe Baudet et Sophie Daveau , avec qui le travail d’équipe, en plus d’être constructif, est un réel plaisir!

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